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Abba ça veut dire père en araméen.

Et le pater latin a donné père et patron…

Voilà qui pose les choses. Il est aidant, quand on a affaire à un boss qui déconne, d’envisager qu’il est aussi question de notre histoire avec notre dabe.

Important aussi quand il est question de religion, la spiritualité ; j’ai connu un maître qui posait que quand on tourne notre regard vers le Divin s’interpose ce qui est venu de papa : ça complique.

Parce que c’est compliqué, un père.

Il y a cette fabuleuse bd ( oui, je sais, on doit dire « roman graphique ». Mais ça me gonfle).

Le combat ordinaire, ça s’appelle. Larcenet est un génie. C’est une question sur le père. Sur la vie ; et sur le père. Aussi sur la terreur d’être père.

 

Il y a une scène qui fait toucher un aspect du père dans « Braveheart ».

Il y est question d’Edouard premier – où plutôt de son fils – homosexuel mais on s’en fout – qui l’attend…Occupez-vous surtout des secondes 30 à 43… Revenez-y encore et encore. Et encore.

Parce qu’on a tous connu cette attente angoissée. Tous, à tort où à raison.

Parfois, cette attente était détournée, saisie par notre mère… Oh, ‘faut pas lui en vouloir, la tentation est si forte.

Les vieilles histoires sont si fortes, parfois…

Et puis on nous a bien expliqué qu’il nous faut tuer le père, non ?

Il y a bien eu un barbu et une flopée à sa suite pour nous parler d’œdipe..

Tiens ,c’est rigolo, c’est vrai que c’était un barbu. Et peut être bien un terroriste. Efficace.

 

Et il y a un autre aspect : on l’approche dans cette scène du film « les invasions barbares ».

Il s’agit d’un homme qui va mourir.

Un intellectuel de gauche qui se retrouve face à l’inanité de sa vie. Un père.

Même sentiment pour un père de droite à l’approche de la mort, je vous le garantis.

Une illusion qui se révèle, c’est terrible. Quelle que soit cette illusion.

 

Et être père c’est croire qu’aimer nous impose de donner des assurances à notre enfant, voyez-vous ?  

Imaginez un père qui réponde à son enfant : je ne sais pas ?

Imaginez : ça fait drôle…

Je ne sais pas ce qu’est la vie, mon enfant, je ne sais pas ce qu’il faut faire ni ce qu’il faut penser…

Oh, il y a quelque chose comme ça dans « fight club »..

 

Je ne sais pas insérer la traduction; la voilà :

Si tu devais choisir, qui combattrais-tu ?

Mon boss, probablement.

Vraiment ? Ah, pourquoi ? Qui voudrais-tu combattre ?

Je combattrais mon père.

Je ne connais pas mon père.Je veux dire, je le connais mais…Il est parti quand j’avais dans les six ans. Il a épousé cette autre femme et a eu d’autres enfants. Il fait ça tous les six ans environ. Il change de ville et commence une autre famille.

Putain de franchises ! Mon père n’a jamais fait d’études. Alors il était très important que j’en fasse.

Cela semble familier.

Alors j’ai été diplômé. Je l’appelle, longue distance, et dit « papa, quoi maintenant ? ». Il dit : « prend un job « .

Même chose pour moi .

Maintenant j’ai 25 ans et passe mon appel annuel, à nouveau. « Papa, quoi maintenant ? » Il dit « j’sais pas. Marie-toi ».

Tu peux pas te marier. J’suis un trentenaire.Nous sommes une génération d’hommes élevés par des femmes.Je serais émerveillé qu’une autre femme soit réellement la réponse dont nous avons besoin.

 

Mais là, c’est une fuite, hein ? Non, je parle de dire cela en présence à notre enfant : je ne sais rien ; je fais de mon mieux, c’est tout..

Il y a une autre façon de détourner, quand on est père : endosser un costume, expliquer que tout va bien et que la vie est belle. Nier toute difficulté et toute souffrance. Vous savez, « tout va bien, tu n’as pas compris, tu comprendras plus tard » est juste là. Et on ne risque pas de comprendre plus tard.

 

Et puis c’est fatiguant, un costume.

 

Un film magnifique sur le père, et la quête du père, s ‘appelle « smoke signals ».

Un jeune homme doit aller chercher les cendres de son père, accompagné par un ami. L’ami est un shaman, un vrai : c’est lui qu’on voit au début de cette scène, accueilli par sa grand-mère. ( Ce moment est extraordinaire : elle lui dit « dis-moi ce qui est arrivé, dis-moi ce qui va arriver ». Si vous voulez devenir shaman, imaginez ce que serait un parent vous disant cela, vous accueillant ainsi. Et si vous n’explosez pas en larmes, recommencez. Mille et dix mille fois au besoin).

 

Il est dit :

Comment pardonner à nos pères ?

Peut-être dans un rêve ?

Leur pardonne-t-on leurs absences fréquentes…

Où définitives quand on est petit ?

Peut-être de nous avoir terrifiés par une rage subite ?

Où de nous avoir rendus nerveux quand, finalement, la colère n’en était pas une ?

Pardonne-t-on à nos pères de se marier  où de ne pas se marier avec nos mères ?

De divorcer où de ne pas divorcer de nos mères ?

Doit-on leur pardonner leur excès de chaleur ?

Où de froideur ?

Doit-on leur pardonner de s’appuyer où de pousser ?

De fermer des portes ?

De parler à travers des murs ?

Où de ne jamais parler ?

Où de ne jamais se taire ?

Pardonne-ton à nos pères à nos âges ?

Ou à leur âge ?

Ou au moment de leur mort ?

En le leur disant ?

Ou bien en ne disant rien ?

Si nous pardonnons à nos pères

Que nous reste-t-il ?

 

Bon, sinon, il y a toujours d’autres solutions